Chapitre Trois

Rors

 

 

Rors se mit au service d’un puissant seigneur habitant dans la capitale du pays, Nissédé. Il devint très vite une fine lame. Il partit à la guerre et en revint avec une balafre à l’oeil, ne lui laissant qu’un seul pour voir le monde. Mais cela était bien suffisant pour Rors qui avait du mal à vivre. Ses deux frère transformés par leur mère, il se sentait terriblement seul. C’était pour cette raison qu’il avait besoin d’aller quelque part, de faire quelque chose ou d’être au service de quelqu’un d’important, quelqu’un de bien. C’était tout ce qu’il voulait comme condition, servir quelqu’un de bien et non servant le Mal.

Mais le seigneur en question mourut un beau jour et plus personne ne voulut de ses services car des rumeurs courant à son sujet racontaient que c’était lui qui avait tué le seigneur. Il était donc rejeté de tous côtés. Il décida alors de faire cavalier seul et de voyager. Alors qu’il se baladait tranquillement, il vit un paysan en train de récolter seul son blé. Le prenant en pitié, Rors proposa de l’aider gratuitement car il voyait bien que le pauvre n’avait pas beaucoup d’argent. Celui-ci accepta de bonne grâce et lorsqu’ils eurent fini, il l’invita à boire un peu avant qu’il ne se remette en route. Rors ne voulant pas déranger, le paysan dut insister pour qu’il accepte. Rors lui demanda alors pourquoi il était seul.

 

  Ma femme est morte de la peste, répondit tristement le paysan. Mes fils se sont rebellés contre moi et s’en était de peu qu’ils ne me chassent de chez moi. Mais assez parlé malheur ! Mange tranquillement ce repas, tu as l’air épuisé. Où vas-tu comme ça ?

  Je vagabonde. Je suis soldat et j’aimerais louer mes services à quelqu’un de puissant. Malheureusement, personne ne veut de moi…

  Je ne peux pas t’aider pour la question de loyauté envers un seigneur, mais si l’aventure te dit, j’ai peut-être ce qu’il te faut. Tu es à la limite d’une grande ville vide qui s’appelle Frontas. Sur la plus haute montagne est dressé un immense château. Une princesse y est enfermée. Elle a été ensorcelée par un individu louche que tout le monde a vu de loin. Ne t’inquiète pas, la montagne est visible de tous en dehors du pays. Par contre, si tu entres à l’intérieur de ses frontières, tu ne la verras plus. Il faut donc tu repère le chemin avant d’y entrer.

 

Rors le remercia du fond du cœur et reprit sa route. En effet, il vit la haute montagne. Il repéra le chemin et avança dans la forêt qui semblait entourer la montagne. Il fut bientôt fatigué et se demanda alors s’il arriverait un jour au château. Après une semaine de marche, il entendait un bruit de querelle. Alors qu’il s’approchait discrètement, il remarqua tout de suite le gros chien blanc à long poil qui lui avait parlé. Il se battait pour un chapeau avec une petite vieille. Rors indiqua qu’il était là et les deux personnages se tournèrent soudainement vers lui.

 

  Ce chien est à vous, demanda-t-il et parut satisfait de voir la petite vieille hocher la tête. Est-ce qu’il parle ?

 

La petite vieille le regarda étrangement puis partit d’un petit rire. Elle demanda au jeune homme s’il n’avait pas trop bu et lui demanda ce qu’il lui faisait dire une telle sottise.

 

  Il me semble qu’il est venu chez moi lorsque je fus plus petit et qu’il me conseilla de fuir. Je vous prie de m’excuser, je crains de l’avoir confondu avec votre chien.

  Ce n’est pas grave, assura la petite vieille. Vous m’avez bien fait rire, jeune homme. Vous allez pouvoir nous aider, mon chien et moi-même. Voyez-vous, nous voulons ce chapeau tout les deux. J’ai bien essayé de lui faire pomprendre que ce n’était pas fait pour les chiens, il ne m’a pas écouté.

  Pourquoi se battre pour ce vieux chapeau, demanda Rors d’un ton moqueur. Vous pouvez en acheter un autre.

  C’est que, voyez-vous, ce chapeau est unique. Si l’on pense très fort à un endroit, on s’y trouve instantanément. Puisque nous vous avons sous la main, vous allez nous aider. Prenez le chapeau et allez plus loin dans la forêt. De là-bas, vous nous crierez un signal et le premier qui arrivera à vous récupérera le chapeau. Ensuite, nous pourrons vou saider à trouver votre chemin, où que vous alliez.

 

Trop heureux de cette rencontre inopinée, il prit de suite le chapeau, l’installa sur sa tête et se mit en, marche. Malheureusement, il avait un défaut et avait la mémoire courte. Il oublia l’aide que pouvait lui fournir la petite vieille et le gros chien blanc à long poil et s’enfonça encore plus dans la forêt. Désepéré, il s’assit sur une grosse pierre et souhaita être arrivé bientôt au château.

Aussitôt pensé, aussitôt fait ! Il se retrouva devant le pont-levis du château. Fier de lui, il y

entra dignement. Une femme assez jeune lui assura la bienvenue. Ses traits étaient tirés, formant des rides. Elle avait un triple menton tout en étant d’un minceur et d’une pâleur effroyable. Ses yeux lui sortaient presque des orbites et il ne restait presque plus de cheveux sur son pauvre crâne. De la bave lui coulait sur ses mentons et quelques dents lui manquaient. Une verrue se plantaient au milieu de son nez poitu et une autre se collait à sa joue.

Oubliant les politesses, il faillit s’enfuir, mais un détail le retint. La jeune femme pleureait. Respirant un bon coup, il s’approcha de la princesse. Il sortit un mouchoir qu’elle prit de deux mains caleuses et énormes. Elle se moucha et dès qu’elle voulut lui rendre le mouchoir, il refusa en disant que c’était un cadeau. Il n’allait quand même pas toucher quelque chose qu’elle avait touché.

 

  Ne me regardez pas comme cela, dit-elle d’une voix étonnement douce. Ce corps n’est pas le moins, c’est le Mal en personne qui m’a caché ma vraie beauté. Regardez dans un miroir et vous verrez mon charme irrésistible.

 

Elle approcha un miroir, mais Rors refusa de prendre dans sa main le miroir appartenant à cette imondice. Soupirant, la princesse le tint elle-même et Rors put voir une beauté éclatante qu’il n’avait jamais vu auparavant Les cheveux blonds de la belle ondulaient jusqu’à ses pieds. Ses yeux ressemblaient à du saphir et sa peau était tellement lisse qu’elle reflètait le soleil. Ses lèvres pulpeuses firent soupirer le soldat. Il tomba immédiatement sous le charme. Il hurla à la ronde :

 

  Je vais de ce pas voler à votre secours, ma belle. J’affontrerais mille dangers. Si la fin de tous mes maux est votre amour, j’irais jusqu’au bout du monde pour satisfaire vos désirs !

 

Il se retourna vers elle, quêtant un doux baiser pour la route, mais hurla de terreur en voyant l’horreur devant lui. Il s’éloigna rapidement en mettant la main sur son cœur. Il lui demanda de ne plus jamais faire ça. Il lui ordonna même de ne pas s’approcher de lui tant qu’elle serait dans cet état lamentable.

 

  Pour que je retrouve ma liberté, fit-elle patiemment. Il vous faudra tuer le taureau qui piétine toutes les récoltes. De sa blessure, sortira un oiseau de feu qui s’envolera au loin. Dans ces pattes se tiendra un œuf. Il vous faudra le lui faire lâcher, ce qui ne sera pas une chose aisée. Et ce n’est pas tout, si l’œuf venait à tomber sur le sol, tout serait détruit à moins de cent kilomètres à la ronde.

 

Rors acquiesça gravement. Qu’importe tous ces dangers ! Du moment qu’il ait ensuite un royaume pour lui tout seul. Son père lui avait dit qu’auparavant, ses ancêtres possédaient un château à Garéna. Rors en voulai donc un pour lui tout seul, sans l’aide de ses grands-parents. Il sortit du château, ne pouvant plus supporter la vue de la princesse. Il se mit en quête du taureau mais, ne connaissant pas du tout la région, il se perdit à nouveau. Après une semaine de marche, il s’écroula, épuisé. Il souhaita de trouver de suite le taureau. Il se trouva presque instantanément devant les sabots de la bête.

Il en avait oublié son chapeau. Il se remit prestement debout, épée en main. Le taureau, furieux de cette intrusion, le chargea. Rors esquiva. Le combat dura toute la journée. A la fin, les deux adversaires étaient épuisés. Rassemblant ses dernières forces, Rors porta le coup de grâce à la bête. De la blessure en sortit un magnifique oiseau de feu. Rors n’y avait pas pensé et regardait le bel oiseau s’envoler pour l’infini. Tous ses espoirs s’effondraient !

Alors qu’il était prêt à rentrer au château pour annoncer la mauvaise nouvelle à la douce princesse ensorcelée, il aperçut quelque chose qui se dirigeait tout droit vers l’oiseau de feu. Rors cligna des yeux pour mieux voir ce que c’était. Quelle ne fut pas sa joie en découvrant qu’il s’agissait de son frère, Pulos. L’aigle fondit sur l’oiseau de feu et le harcela de ses griffes. N’ayant d’autres choix que de combattre, l’oiseau de feu avait besoin de ses griffes. Il lâcha donc l’œuf et se battit avec Pulos.

L’œuf tomba sur la terre et commença à brûler les environ. Heureusement, une immense vague recouvrit le tout et éteignit le feu. Rors s’approcha de l’endroit où l’œuf était tombé et découvrit dans l’eau son autre frère, Loné. Il prit l’œuf entre ses mains et voulut l’ouvrir à l’aide de son épée mais une ombre lui fit arrêter son geste. La personne qui était devant lui avait la peau sur les os et ses yeux pleuraient du sang. Pour comble de l’horreur, la créature avait des sabots à la place des jambes. Six autres apparurent et ressérèrent le cercle sur lui.

 

  J’aimerais être dans le château de la princesse ensorcelée, souhaita Rors en suppliant le chapeau de toujours fonctionner.

 

En effet, il disparut de là où il était et rejoignit la princesse. Sous ses yeux, la princesse se métamorphosa en une douce créature lorsqu’il cassa l’œuf de son épée. Alors qu’elle reprenait sa forme originelle, la forêt épaisse qui entourait alors le château rétrécit pour ne devenir que des champs faciles à cultiver. La princesse épousa le soldat et ils invitèrent des paysons pour travailler la terre.

La princesse s’appelait Tura. Un an passa et elle fut bientôt enceinte. L’enfant naquit et se révéla être une fille. Ses parents l’appelèrent Sèvy. Elle grandit et devint une belle jeune fille. Alors qu’elle avait huit ans, sa mère pensa que le moment était venu de régner seule avec sa fille sur son royaume. Elle avait découvert que Rors n’était en réalité qu’un simple soldat. Elle qui avait tant voulu que se soit un chevalier qui la délivre de sa malédiction. Il lui avait été tout de même utile : il lui avait rendu sa beauté.

Mais sa dette avait été largement payée. Elle l’avait choyé durant tout ce temps et il l’appelait toujours : « sa beauté ». Elle en venait à ne plus le supporter. Elle était princesse de sang alors que lui, ce n’était qu’un simple soldat qui avait eut de la chance. Une reine de sa condition devait épouser un roi, un prince, un chevalier mais pas un paysan qui s’était engagé dans l’armée ! On n’avait jamais vu ça !

C’était décidé pour le soir et elle savait comment procéder. Elle avait acheté de façon anonyme un poison mortel et irréversible. Elle en verserait tout le flacon dans le verre de vin de son mari. Elle voyait déjà tout d’ici. Elle éclaterait en sanglots hystériques et essayerait de ranimer Rors déjà mort. Elle s’enfermerait dans sa chambre durant une semaine, puis elle sortirait enfin prendre l’air en portant le deuil durant six mois. Finalement, elle consentirait à se remarier, mais cette fois-ci avec un roi, Tura en faisait le serment. Elle se félicitait d’avoir eut un plan aussi génial. Le plus dur était de mettre le poison dans la coupe du roi.

Pendant qu’elle réfléchissait à de macabres mises en scène, Rors faisait les cent pas dans son salon privé. La reine l’énervait de plus en plus avec ses manières délicates. Elle ne faisait jamais quelque chose toute seule. Elle ne pensait presque pas à la pauvreté de ses paysans, mais plutôt aux bijoux et aux robes qu’elle porterait pour le soir.

Justement, il était sorti du château en gardant l’anonymat et avait acheté un poison mortel et irréversible. Il en mettrait dans le verre de la reine et lorsqu’elle tomberait morte, Rors se lèverait, stoïque, le visage dur, les yeux froids et distants.  Il ne bougerait pas et demanderait, alors que tout le monde s’agiterait, à ce qu’on le laisse seul avec sa femme. La personne qui lui avait vendu le poison lui avait semblé étrange. Il portait un lmong manteau et avait bien vérifié que ses jambes soient bien couvertes. Deplus, il avait tiré bien bas sa capuche de sorte que le roi n’avait pas vu ses yeux, ni à quoi il ressemblait.

Le soir même, il y eut un bouleversement de programme. Les invités n’avaient pas put venir car une violente tempête de neige les avait enfermés chez eux. Le roi et la reine était embêtés car le poison ne faisait d’effet que la nuit où ils avaient sortis le poison de sa petite bouteille. Ils avaient déjà fait tout ce qu’il fallait et ne voulait pas tout recommencer. Pour ne rien gâcher de la soirée, le roi proposa à sa femme de venir boire un dernier coup dans sa chambre. Tura accepta sans discuter, trop heureuse de cet imprévu.

Sèvy se baladait dans les couloirs en quête de ses parents. Elle avait demandé à des serviteurs qui lui avaient répondu qu’ils s’étaient rejoints dans la chambre du roi. Sèvy y allait donc en courant. Elle s’arrêta devant la porte, toute essouflée. Elle poussa la lourde porte avec difficulté et vit ses parents affalés par terre. Sèvy pleura de toutes ses forces et des serviteurs accoururent. Face aux triste spectacle, une femme de chambre souleva l’enfant et l’emporta au loin.

Elle y allait sans compter les sept apparitions qui commençaient à infester le château. Malgré tous les gens du château qui s’enfuyaient, elles n’en mangèrent pas un seul. Elles allèrent droit vers la chambre du roi et commencèrent leur carnage. La femme de chambre, alarmée de ce qui se passait, préféra prendre l’enfant dans ses bras et s’enfuir hors du château. Epuisée par tant d’effort, elle réussit à donner l’enfant à un couple avant de mourir dans leurs bras.

Le couple était très embarrassé. Grâce à ses vêtements, ils devinèrent qu’elle était une femme de chambre du château et en conclurent que la petite fille était sa fille. Puisque la femme était stérile, ils adoptèrent de suite l’enfant. Celle-ci ne se souvint plus de ses vrais parents et crut que les paysans étaient véritablement ses parents.

 

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Fin du troisième chapitre.

Tiré d’un conte de Grimm.

Je sais que je suis un peu lente dans la rédaction de cette fic, mais c’est pour le suspense ^__^.

Merci à Lunia d’avoir lu ma fic.

Mydaya.